La nuit des fleurs

 

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  • sexe explicite

  • sang

 

Une descente douce. Mes mains touchent tes mains. Au fil de ton corps, elles effleurent le doré de ton ventre et – s’infiltrent dans l’aine – au pli de tes cuisses, frôlent le sexe dressé. Les pétales sont encore enroulés les uns sur les autres. Durs comme de l’ardoise. Tu frissonnes bien sûr, et mes doigts dansent au-dessus des fleurs à naître. Je ne touche pas encore. Je serai celle qui t’embrasse – mes mains agrippant tes épaules car regarde quand j’écris : mes mains disent l’amour mieux que ma bouche – celle qui viendra pour tes lèvres, retenant le tremblement de corps. Je tiens ces quelques secondes et –

t’embrasse

J’incline la tête, des baisers et des baisers encore, et sous ma langue curieuse quelque chose dans ton corps tremble. Le mien aussi mais moi, tu le sais, c’est un monstre blotti dans mon ventre qui agrippe tout ce qu’il peut pour ne pas surgir – pas trop – pas encore. La crête de tes pétales écorche le coin de mes lèvres. Elles se déroulent, toutes en volupté, et au fuselage mauve se substitue une éclosion de pourpre. J’en caresse le liseré. Les pétales frémissent – se tendent mais – ma main est déjà ailleurs. Autour, sur tes cuisses et allant sur ton ventre, la couleur se diffuse à vue d’œil. Un bourgeon crève ta peau ; des gouttes de sang se diluent dans la sueur, mais il ne s’ouvre pas non, il attend – mes mains – mes lèvres – tu attends toi aussi… Je me suspends. Je retiens les frissons et ma peau qui flambe et crie. Je ne m’effondre pas encore. Je regarde ton corps adorable étendu, toute ta peau étoilée de taches rouges comme d’étranges bulles qui éclatent et fleurissent à sa surface, et quelque chose qui ondoie au-dessous, le désir – vivant, vivant, vivant, au sexe suppliant, les pétales grands ouverts. Toi tout entier est une houle et ce vent, qui est mon souffle ou le tien, fait éclore les fleurs une à une. Ce corps en floraison amoureuse m’égare, et soudain mes esprits perdus se précipitent sur toi. Le monstre qui est dans mon ventre ne veut plus que ta peau et tes courbes et tes cris et il surgit à mes côtés et toi – toi – tes fleurs s’enroulent autour de mes bras, comme une étreinte de plus, et ça ne me suffit pas ! Ne me lâche pas ! Fleuris, fleuris plus encore, murmurent mes mains, et ton corps océan rouge est arqué sous mon poids. Il suffit maintenant d’un frôlement pour faire surgir un bourgeon, mais ce n’est pas t’effleurer qui m’occupe. Cette fleur immense, multiple, enracinée dans ton corps, me tient dans tes bras, elle émerge de ton ventre et de ta poitrine, de ta gorge comme des ouïes qui t’offrent encore plus d’air pour crier. Nous ne discernons plus si les îles de ta peau se détachent de tes fleurs ou de ton sang. Je plonge mes mains ; ta chair au-dedans est douce. Je suis celle qui t’embrasse, mais aussi qui te prend et qui t’est prise infiniment,

et celle qui cueille, une à une, les fleurs de ta peau pour la simple douceur de tes gémissements.

 

Lorsque ce sera terminé…

Lorsque le lendemain, je t’aurai murmuré je t’aime, embrassé tes cicatrices, et franchi la porte – je mettrai ces fleurs dans mes cheveux. Le sang qui en perlera encore un peu colorera ma nuque, et dans la rue, les passants tairont leurs questions ; toi et moi seulement saurons que ce parfum de fer sur ma peau est ce qu’il m’est resté de de toi, en cette nuit des fleurs.

 

Les Nuits