La nuit après la pieuvre

 

TRIGGER WARNINGS (surlignez pour afficher) :

violence dans un contexte sexuel

strangulation

marques de violence (ecchymoses)

 

Ce texte a une mise en page spécifique qui rend la lecture sur tablette / mobile un peu moins optimale.

 

Elle se repose, regarde ;

regarde-la.

 

L’amour gorge sa peau encore gluante. L’eau de mer, même, n’ose pas y toucher. Ici suspendue, elle a

(étranglée, murmurant sous l’étreinte –

elle s’est endormie après l’effort, tendrement.

– elle a cru perdre son souffle tant il fallait cracher pour respirer ;

Les cuisses qui reposent entre les tentacules sont striées de marbrures. Le mucus les imbibe comme un baume.

Elle laisse se déplier les fantômes de la douleur.

; il n’en reste que du rouge qui embrasse le blanc de sa peau)

 

(

(concentrée) (concentrée –

) (concentrée                          )

(car c’est enfin cela qui t’oblige à être dans ton corps alors qu’il est attaqué ; mais toi – (contre toute attente) – tu ne le défends pas – tu ne te défends pas – tu

écoutes

les murmures de la douleur sous ta peau, et alors

ton corps comprend que le langage a changé.

 

C’est ce point de bascule du vocabulaire, lorsque la douleur n’appelle plus une réponse de défense mais une réponse de désir. Et ton corps renversé lui aussi, plié, abandonné entre les bras de cette douleur qui contient elle-même tant de définitions ;

et elle déplace dans ta chair les souffrances de ta tête

en zone connue, car les médecins et nous-mêmes connaissons bien la douleur physique. Celle qui se mesure, se constate, se contrôle, celle qu’on L O C A L I S E .

 

moi mon corps est si électrique que les monstres font tout le temps des allers-retours entre ma tête (mon cœur) mon utérus (mes cuisses) mes mains (mes épaules) mon dos – tu vois ? des monstres en circulation qui transportent la douleur un peu partout et elle surgit, ici, et là, et ce n’est pas moi qui décide. Parfois, il est bon d’être celle qui choisit où sera la douleur, tu ne crois pas ?

 

et

dans

cet

abîme °`

dans cet                      .. . ¨ . ..

elle…

ses PENSÉES

ne

s’égarent

PLUS  .. ¨ ..

)

C’est ce moment de transition où les valeurs reprennent leur ordre consacré. La somnolence dilue l’abîme close. Lorsqu’elle s’éveillera, le vocabulaire de la violence ne mêlera plus sa grammaire au vocabulaire érotique ; la confusion sera rangée à sa place.

(un tentacule qui tient sa gorge ; un autre qui fouille sa bouche ; un troisième qui clôt ses yeux

un tentacule enroulé autour de ses cuisses

un autre qui suce avidement ses seins

un troisième

quatrième

cinquième

qui a volé ses mains)

 

Le baiser des ventouses a étendu les auréoles sur sa poitrine. Le sang est remonté à fleur de peau, ici et là en cercles larges, comme des taches étranges qui renferment le secret de l’abîme.

 

Lorsqu’elle les touchera plus tard, et qu’il y aura ici une mémoire de la douleur

(ou seulement rien)

elle sourira, car elle se rappellera qu’il existe un lieu en elle

sans porte et sans fenêtres

où les cris ne portent pas.